Comment comprendre le traumatisme après des violences sexuelles — et commencer à se reconstruire

Introduction

Les violences sexuelles peuvent laisser des traces profondes, parfois longtemps après les faits. Certaines réactions peuvent sembler difficiles à comprendre : se sentir en insécurité sans raison apparente, éviter certaines situations, avoir l’impression que le corps ou l’esprit restent “en alerte”, même lorsque le danger est passé.

Beaucoup de personnes se demandent alors pourquoi ces réactions persistent, parfois des années après. Pourtant, ces manifestations ont du sens : elles s’inscrivent souvent dans ce que l’on appelle un traumatisme psychique.

Comprendre ce qui se joue peut être une première étape pour retrouver un peu de sécurité intérieure et commencer progressivement à se reconstruire.

 

De quoi parle t-on lorsqu’on évoque les violences sexuelles ?

Les violences sexuelles désignent des situations dans lesquelles une personne impose à une autre des comportements, gestes ou propos à caractère sexuel, sans son consentement. Elles peuvent prendre différentes formes : agression sexuelle, viol, harcèlement sexuel, attouchements imposés, exposition à des contenus sexuels ou encore pressions dans l’intimité.

Les violences sexuelles ne se résument pas aux situations les plus extrêmes. Elles peuvent prendre des formes variées, parfois banalisées ou minimisées. Ce qui les caractérise reste l’absence de consentement et l’atteinte à l’intégrité physique et psychique de la personne.

 
Verre brisé comme le psychotraumatisme qui effracte le psychisme

Comment un traumatisme peut-il s’installer après des violences sexuelles ?

Après des violences sexuelles, certaines personnes ont l’impression que leur corps et leur esprit continuent de réagir comme si le danger était encore présent. Pour comprendre cela, il faut revenir à ce qu’est un psycho-traumatisme.

La notion de trauma est large : il s’agit d’un évènement qui n’a pas pu être “digéré” émotionnellement. Ce n’est pas uniquement l’évènement en lui-même qui compte, mais aussi la manière dont il a été vécu. Deux personnes peuvent vivre une situation similaire sans en garder les mêmes conséquences psychiques.

Lors d’un événement extrêmement stressant, comme des violences sexuelles, le cerveau peut se retrouver dépassé. C’est un peu comme si le système d’alarme interne se déclenchait brutalement.

Face à un danger intense, le cerveau et le corps mettent alors en place des mécanismes de survie automatiques. Leur rôle n’est pas de réfléchir, mais de protéger la personne le plus rapidement possible. On connaît souvent les réactions de fuite ou de combat, mais dans les situations de violences sexuelles, d’autres réactions peuvent apparaître : le figement, l’impossibilité de bouger ou de parler, ou encore une sensation de déconnexion de soi-même ou de la réalité. On peut alors parler de dissociation.

Ces réactions sont involontaires. Elles ne traduisent ni un manque de volonté, ni un consentement. Au contraire, elles correspondent à des réponses de survie face à une situation vécue comme insupportable ou impossible à contrôler.

Normalement, une partie du cerveau appelée l’hippocampe aide à classer les souvenirs en indiquant : “cet événement appartient au passé”. Mais sous un stress intense, ce mécanisme peut être perturbé. Le système d’alarme émotionnel continue alors de se déclencher comme si le danger était toujours présent. C’est ce qui explique que certaines images, sensations, odeurs ou situations puissent provoquer des réactions très fortes, parfois des années après les faits. Le corps réagit avec angoisse, tension ou sidération, non pas parce que la personne “exagère”, mais parce que le cerveau n’a pas complètement enregistré l’événement comme terminé.

Les personnes ayant vécu des violences sexuelles peuvent ainsi revivre, dans certaines situations du présent, des réactions liées au traumatisme passé.

Pellicule d'un film photo

Pourquoi les symptômes persistent-ils parfois des années après ?

Après des violences sexuelles, il arrive que certaines réactions persistent longtemps après les faits. Cela peut être déstabilisant : beaucoup de personnes ont l’impression “d’être passées à autre chose”, alors même que leur corps et leur esprit continuent à réagir fortement.

Ce qu’il est important de comprendre, c’est que face à une intensité émotionnelle extrême, le cerveau met en place des mécanismes de survie automatiques pour protéger la personne. Mais lorsque l’événement n’a pas pu être pleinement intégré psychiquement, le système d’alarme interne peut rester activé, même des années plus tard.

Certaines situations, sensations, odeurs, sons ou gestes peuvent alors réactiver cette alarme. On parle parfois de “déclencheurs” ou de “triggers”. Même si le danger n’est plus présent dans la réalité, le cerveau et le corps peuvent continuer à réagir comme s’il existait encore. C’est notamment ce qui peut expliquer certaines réactions d’angoisse, d’hypervigilance, d’évitement, de sidération ou encore des difficultés relationnelles et corporelles persistantes après des violences sexuelles.

Parfois, à l’inverse, certaines personnes ont très peu de souvenirs de ce qu’elles ont vécu, voire aucun souvenir conscient de certains événements. Ce phénomène, appelé amnésie traumatique, peut notamment être lié aux mécanismes de dissociation mis en place au moment du traumatisme. Comme le rappelle Muriel Salmona dans Le Livre noir des violences sexuelles, ces réactions sont des mécanismes de protection psychique face à des événements vécus comme insupportables.

 
Dos nu d'une femme, ambiance froide qui rappelle des problématiques liées à un trauma

Où le traumatisme se manifeste t-il dans la vie quotidienne ?

Le traumatisme ne se manifeste pas uniquement à travers des souvenirs ou des flashbacks. Après des violences sexuelles, ses conséquences peuvent s’inscrire dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, parfois de manière discrète ou difficile à relier directement aux événements vécus.

…Dans le corps

Le corps peut rester en état d’alerte permanent. Certaines personnes décrivent une fatigue importante, des tensions constantes, des douleurs inexpliquées, des difficultés à se détendre ou un sommeil perturbé.

…Dans les relations et l’intimité

Les violences sexuelles peuvent également avoir un impact important sur les relations affectives et la sexualité. Certaines personnes évitent l’intimité, tandis que d’autres ressentent une forte anxiété relationnelle ou des difficultés à se sentir en sécurité avec l’autre. Cela peut aussi compliquer la reconnaissance de ses propres besoins, émotions ou limites. Certaines personnes apprennent à se couper de ce qu’elles ressentent pour se protéger, ou ont du mal à identifier ce qui leur convient ou non dans une relation.

Avec le temps, cela peut fragiliser la capacité à poser des limites claires, à repérer certaines situations de danger ou à se sentir légitime de dire non. Cette vulnérabilité relationnelle peut malheureusement exposer certaines personnes à revivre des situations de violence ou de domination.

Cela ne signifie jamais que la victime est responsable des violences subies. Ces difficultés s’inscrivent au contraire dans les conséquences psychiques du traumatisme.

…Dans le vécu émotionnel et psychique

Les conséquences des violences sexuelles peuvent aussi profondément affecter le rapport à soi-même. Certaines personnes développent un fort sentiment de honte, de culpabilité ou une perte de confiance en elles. Il peut devenir difficile de comprendre ce que l’on ressent, de faire confiance à ses émotions ou même de se sentir “normal”. Certaines victimes décrivent une impression d’être coupées d’elles-mêmes, de fonctionner “en pilote automatique” ou de ne plus vraiment savoir ce dont elles ont besoin.

Le traumatisme peut également laisser une peur persistante, un sentiment d’insécurité ou une grande difficulté à se sentir apaisé, même dans des situations du quotidien.

…Au quotidien, toutes ces réactions peuvent progressivement conduire à des stratégies d’évitement. Pour ne pas revivre certaines émotions ou sensations douloureuses, certaines personnes évitent des lieux, des situations, des relations, l’intimité ou encore certains contextes sociaux.

À court terme, cet évitement peut donner l’impression de protéger. Mais avec le temps, il peut contribuer à renforcer l’isolement, l’anxiété et le sentiment de ne plus pouvoir vivre sereinement certaines expériences du quotidien.

Le traumatisme peut donc prendre une place importante dans la vie, parfois bien au-delà des événements eux-mêmes.

 
Talk about it, parler des violences sexuelles en thérapie

Comment commencer à s’en reconstruire?

Même si les conséquences des violences sexuelles peuvent être profondes et durables, il est possible de travailler sur le traumatisme et de retrouver progressivement un sentiment de sécurité intérieure.

La thérapie peut aider la personne à “rebrancher” progressivement le circuit, afin que le souvenir puisse enfin être rangé dans le passé, sans déclencher la sirène d’alarme à chaque rappel du traumatisme. Le souvenir ne disparaît pas, mais il devient progressivement moins envahissant et moins douloureux.

Ce travail se fait étape par étape, progressivement et avec prudence, afin de ne pas réactiver le traumatisme trop brutalement. La sécurité de l’espace thérapeutique est essentielle. Travailler sur un trauma nécessite un cadre sécurisant, avec une personne en qui l’on peut avoir confiance et avec laquelle on peut avancer à son rythme.

Avant même de revenir sur les événements traumatiques, une première étape importante consiste souvent à travailler la stabilisation. On ne travaille généralement pas directement sur un événement traumatique si la personne n’est pas suffisamment stabilisée. Cela signifie que la thérapie va d’abord chercher à renforcer les ressources internes et externes de la personne. Des outils de stabilisation peuvent alors être proposés afin d’aider à mieux se réguler, s’apaiser et retrouver progressivement un sentiment de sécurité lorsque le système d’alarme s’active.

Petit à petit, ce travail permet aussi de mieux repérer ses déclencheurs, de développer une meilleure conscience de ses sensations corporelles, de ses émotions et des pensées associées.

Une fois une certaine stabilité retrouvée, un meilleur repérage des déclencheurs installé et une relation de confiance suffisamment solide, le retraitement du traumatisme peut alors commencer progressivement.

Conclusion

Même lorsque les conséquences d’un traumatisme dû à des violences sexuelles semblent profondément installées, il est possible d’avancer progressivement vers un mieux-être. Des approches thérapeutiques adaptées au psychotraumatisme, comme l’EMDR, peuvent notamment aider à retraiter certains souvenirs traumatiques dans un cadre sécurisant.

Si vous souhaitez être accompagné(e) dans ce travail, vous pouvez prendre rendez-vous via cette page.

Suivant
Suivant

Ouvrir son couple : le guide pour y réfléchir en sécurité